Vous est-il déjà arrivé d’être là… mais pas tout à fait là.
Que votre corps soit présent, votre esprit soit occupé par mille tâches, et pourtant, votre cœur, lui, semble flotter ailleurs. Vous vous occupez de votre bébé, de la maison, de votre travail… et vous vous perdez un peu en chemin. vous vous sentez épuisée, parfois dépassée, parfois coupable, comme si vous n’étiez jamais vraiment à la hauteur.
Et puis, il y a ce moment où vous vous regardez dans le miroir et vous vous demandez : « Qui suis-je devenue ? »
Si tout cela vous parle, sache une chose essentielle : vous n’êtes pas seule.
Vous n’êtes pas en train “d’échouer”.
Vous traversez ce qu’on appelle la matrescence, cette transformation intense et profonde que toutes les mères vivent, mais que personne ne vous a suffisamment expliquée.
Et si vous compreniez enfin ce qui se passe en vous… et comment retrouver votre équilibre ?
La matrescence : une transformation réelle, documentée, et pourtant trop invisible
On compare souvent la matrescence à l’adolescence.
Non pas pour dramatiser, mais parce que, dans les deux cas, votre identité se réorganise en profondeur.
La recherche scientifique est claire :
- votre cerveau change (littéralement) après la naissance :
Pas métaphoriquement, pas « dans votre tête » mais physiquement, structurellement, mesurable par IRM.
En 2017, la neuroscientifique Elseline Hoekzema a étudié le cerveau de femmes avant, pendant et après leur grossesse. Ce qu’elle a découvert a changé la façon dont la science comprend la maternité : le cerveau se réorganise en profondeur, et cette transformation dure au moins deux ans après l’accouchement. (Nature Neuroscience, 2017)
Ce processus porte un nom : l’élagage synaptique. C’est exactement ce qui se passe dans le cerveau d’une adolescente à la puberté. Le cerveau ne perd rien : il choisit, il affine, il se spécialise. Il recentre ses ressources là où vous en avez maintenant le plus besoin : lire les émotions de votre bébé sans qu’elles soient dites, détecter ce qui menace, capter ce que votre bébé ne peut pas encore vous expliquer.
Ce brouillard que vous ressentez parfois, cette impression d’être à côté de vous-même ? Ce n’est pas un signe que vous décompensez. C’est le signe que votre cerveau est en plein chantier.
- votre système hormonal vit un bouleversement profond :
Imaginez passer en quelques heures de l’intensité hormonale la plus haute de votre vie… au silence.
Pendant la grossesse, certaines formes d’œstrogènes atteignent jusqu’à cent fois leur niveau habituel. Ces hormones ne se contentent pas de préparer votre corps : elles agissent directement sur votre cerveau, vos circuits émotionnels, votre façon de percevoir le monde.
Et puis, dans les heures qui suivent l’accouchement, tout s’effondre. Brutalement. C’est l’une des chutes hormonales les plus intenses que le corps humain puisse connaître.
Ce que vous appelez peut-être votre « fragilité » des premiers jours ? C’est de la physiologie pure. Ce n’est pas un manque de solidité, c’est votre corps qui traverse l’une des transitions biologiques les plus radicales qui soit.
Puis arrive l’ocytocine libérée à chaque contact peau à peau, à chaque regard avec votre bébé et la prolactine. Ces deux hormones transforment aussi votre rapport au risque, votre vigilance, votre rapport aux autres. Elles expliquent pourquoi ce qui vous touchait à peine avant vous traverse maintenant de part en part.
Votre sensibilité n’a pas augmenté parce que vous êtes devenue fragile. Elle a augmenté parce que votre biologie l’a décidé.
- votre identité se restructure :
Avant, vous saviez qui vous étiez. Aujourd’hui, vous avez l’impression de tenir deux femmes en vous : celle d’avant et celle qui est en train de naître sans savoir encore laquelle vous êtes vraiment.
C’est exactement ce que le psychiatre Daniel Stern a nommé la « naissance d’une mère » : l’idée que devenir mère n’est pas juste avoir un enfant. C’est traverser une transformation identitaire aussi profonde et aussi déstabilisante que n’importe quelle autre grande traversée de vie.
Et dans cette traversée, il y a quelque chose que personne ne vous prépare à ressentir : l’ambivalence. Aimer profondément et être épuisée. Vouloir être là et avoir envie de s’échapper. Se sentir à sa place et ne plus se reconnaître.
La psychologue Aurélie Athan, de l’Université Columbia, est claire là-dessus : cette ambivalence n’est pas un symptôme. Ce n’est pas le signe que vous êtes une mauvaise mère ou que quelque chose ne va pas. C’est une caractéristique normale et documentée de la matrescence. (Frontiers in Psychiatry, 2024)
Ce qui blesse, ce n’est pas de la ressentir. C’est de la ressentir seule, sans mot pour la nommer, dans une culture qui n’attend des mères que du bonheur rayonnant.
- vos valeurs, vos limites, vos besoins émotionnels se réécrivent :
Peut-être avez-vous remarqué que certaines choses qui ne vous posaient aucun problème avant vous pèsent soudainement. Que ce que vous étiez prête à donner a changé. Que ce dont vous avez besoin pour aller bien n’est plus tout à fait pareil.
Ce n’est pas une crise. Ce n’est pas de l’instabilité.
C’est la conséquence directe de tout ce qui précède. Quand votre cerveau se reconfigure, quand vos hormones se redistribuent, quand votre identité se réorganise : naturellement, ce que vous tolérez, ce que vous désirez, ce qui vous nourrit vraiment, tout cela se redéfinit aussi.
La femme que vous étiez avant avait ses propres repères. La femme que vous devenez en construit de nouveaux. Ce décalage que vous ressentez entre les deux ? Il n’est pas le signe que vous avez perdu quelque chose. C’est le signe que vous êtes en train de vous reconstruire.
Donc tout ce que vous traversez n’est pas “dans votre tête”. C’est dans votre corps, dans votre système nerveux, votre système hormonal et dans votre coeur.
Mais comme personne ne vous a préparée à cette métamorphose, vous pouvez vous sentir perdue, comme si vous avanciez avec une carte incomplète.
C’est là qu’un accompagnement prend tout son sens .
5 signes que la matrescence vous bouscule plus que vous ne l’imaginiez
Parfois, on avance en pilote automatique… jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’on s’est un peu oubliée.
Voici ce que vivent beaucoup de femmes qui viennent me consulter :
- Vous vous sentez à la fois comblée et submergée. Deux émotions paradoxales… mais pourtant si vraies.
- Vous ne savez plus exactement qui vous êtes (en dehors du rôle de mère).
Comme si votre identité d’avant et celle d’aujourd’hui essayaient encore de s’apprivoiser. - Vous vous sentez “trop sensible”, “trop fatiguée”, “pas assez solide”. Alors que vous faites preuve d’une force immense chaque jour.
- Vous avez du mal à demander de l’aide, même quand vous en auriez vraiment besoin. Comme si vous deviez prouver quelque chose. À qui ? Pourquoi ? Vous ne savez pas trop.
- Vous vous sentez seule, même entourée. Parce que personne ne voit vraiment ce qui se passe à l’intérieur de vous.
Si vous vous êtes reconnue dans l’un de ces points (ou plusieurs) ce n’est pas un hasard.
C’est un signal.
Pas un signal d’alerte… un signal qui cherche simplement à être entendu : le besoin d’appui, de lien, de présence : vous n’avez plus besoin de traverser cela seule.
Comment mieux traverser cette période ? Quelques essentiels pour retrouver votre centre
Voici quelques clés, simples et concrètes, que j’utilise aussi en séance :
- Se donner la permission de ressentir Vous n’avez pas à être parfaite. Vous avez à être vraie.
Plus vous accueillez vos émotions, moins elles vous submergent. - Sortir du “je dois y arriver seule”
Dans nos sociétés modernes, jamais les mères n’ont porté autant d’attentes, de pression, et de “savoirs” sur ce qu’il faudrait être pour être une “bonne mère” alors même qu’elles n’ont jamais été aussi seules.
Le soutien n’est pas un luxe : c’est une ressource essentielle. - Revenir au corps, régulièrement
Votre corps sait des choses avant votre mental.
Un souffle profond peut changer votre journée.
Une pause de 30 secondes peut éviter bien des tempêtes. - Se réautoriser à exister au-delà du rôle maternel
C’est essentiel, pour vous, pour votre couple, pour vos enfants, pour votre équilibre.
Si vous sentez que vous n’y arrivez pas seule… c’est justement le signe qu’un accompagnement peut vous aider.
Pourquoi se faire accompagner pendant la matrescence change tout
Vous l’aurez compris, la matrescence est une période de bouleversement profonds et non vous n’êtes pas en train de perdre pied : vous êtes en train de changer !
Et comme tout changement profond, cela demande un espace, une présence stable, un soutien réel.
Si cette période réveille des choses trop lourdes,
Si vous avez l’impression de naviguer seule,
si vous ne vous reconnaissez plus…
Vous n’êtes plus seule.



